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Dernière mise à jour : février 2010

La place de la défense des droits dans les pratiques communautaires

Les 11 et 12 novembre dernier, l'Alliance Québécoise des Regroupements régionaux pour l'Intégration des Personnes Handicapées (AQRIPH) organisait un colloque à Québec sous le thème « Défense collective des droits ». Regroupant à la fois organismes locaux, regroupements régionaux et instances nationales, le colloque souhaitait favoriser une réflexion sur la participation citoyenne et la place de la défense des droits dans la mission globale des organismes. Comme le souligne dans l'allocution d'ouverture monsieur Daniel Jean, directeur du Secrétariat à l'action communautaire autonome (SACA), l'approche des organismes communautaire en elle-même se veut une manière de promouvoir et de défendre les droits collectifs. Il semble donc essentiel, dans le contexte politique actuel, de recentrer les organismes sur ces questions.

Divisées en trois volets, les interventions visaient à soulever une réflexion sur des sujets liés à la mission des organismes, tels que la place occupée par la défense des droits, l'implication communautaire et la volonté d'assurer une relève, tant au niveau des membres que des bénévoles. Nous vous livrons ici un résumé des propos tenus par les conférenciers dans chacun des volets, ainsi que les commentaires et les pistes d'action suscités par ces propos lors de la plénière.

La réalisation des activités de défense collective des droits et l'impact sur la participation citoyenne

La participation citoyenne est au cœur même de l'adjectif « communautaire ». Or, comme le souligne madame Lise Gervais, coordonnatrice générale au Relais Femmes, pour que la société civile soit un lieu réel d'exercice de la citoyenneté active et participative, certaines conditions doivent être remplies, et notamment que « les capacités des citoyens, quel que soit leur sexe, leur handicap, leur origine ethnique, soient mises à contribution et qu'on leur laisse la place ». Le milieu communautaire, issu de la volonté populaire d'agir sur son propre milieu, est donc un lieu privilégié de participation citoyenne, considérant que la citoyenneté, comme le souligne Marie-Josée Tardif, du COMSEP, va au-delà des droits et devoirs civiques et s'inscrit dans un accès direct à la participation sociale.

Or, la plupart des organismes communautaires offrent des services à la population. Les services, en effet, sont « une possibilité d'avoir les conditions nécessaires et préalables à une telle participation civique ». Mais quelle est la place de la défense de droits parmi ces services ? Si, d'un côté, cet aspect semble destiné à être défendu par des organismes de défense de droits tels que les ROP, madame Gervais souligne que chaque service est une occasion de conscientisation, et on ne peut dissocier les services de la défense collective des droits, qui sont deux missions complémentaires. La défense des droits s'exprime non seulement à travers des actions concrètes proposées par le biais des services, mais aussi au quotidien, dans chacune des actions posées et les valeurs véhiculées par les organismes.

La relève et l'implication communautaire au cœur de nos organisations

La clientèle et les bénévoles sont la base de l'organisation communautaire. Aussi, pour mener à bien sa mission, l'organisme doit assurer un renouvellement des gens qui s'impliquent à l'intérieur de l'organisme.

Marie Turcotte, d'Ex æquo, démontre à travers l'expérience de son organisme la nécessité de rajeunir et de dynamiser sa clientèle vieillissante. En effet, pour répondre aux besoins de sa clientèle, l'organisme doit être en mesure de saisir les nouvelles réalités et les nouvelles problématiques présentes dans la société. Toutefois, la plupart des organismes expriment une certaine difficulté à renouveler leur clientèle ou à trouver des bénévoles; il importe donc de trouver des moyens d'intéresser les gens à ce que les organismes font, d'accroître la visibilité par le biais des médias, qui sont souvent sous-utilisés.

Comme le souligne Pierre-Luc Gravel, du INRS, il n'est pas totalement fondé d'affirmer que l'intérêt des jeunes pour la vie politique et sociale est plus faible que jamais; il faut toutefois trouver des façons innovatrices d'assurer la relève, en insistant par exemple sur le fait que l'implication sociale est un moyen, surtout pour les jeunes, de prendre de l'expérience et de développer des compétences individuelles. De plus, il est essentiel de ne pas rester figés dans nos pratiques et d'être ouverts à de nouvelles façon de faire, tout en conservant une place pour les doyens qui possèdent une expérience irremplaçable.

Une attention particulière a aussi été consacrée au choix et à la reconnaissance des bénévoles. France Cormier, directrice générale du Centre d'action bénévole, a dressé le portrait du bénévole idéal, tout en soulignant qu'il est essentiel de choisir les bénévoles en fonction de caractéristiques répondant aux besoins de l'organisme. Toutefois, le travail bénévole doit être gratifiant, et il est important de ne jamais perdre de vue que les bénévoles donnent gratuitement de leur temps et de leur énergie. Il est donc primordial, pour le bon fonctionnement des organismes communautaires, de montrer notre appréciation aux bénévoles.

La place de la défense collective des droits au cœur de la mission globale

Comme le souligne Yves Vaillancourt, directeur du LAREPPS, les organismes communautaires doivent jouer un rôle de pression sur les pouvoirs publics pour que l'inclusion des citoyens ait sa place dans les réformes de politiques sociales. Il leur incombe aussi d'assurer la communication entre les citoyens et les pouvoirs publics. À cette fin, pour que les citoyens soient en mesure de bien comprendre les enjeux soulevés par les différentes politiques sociales, il est primordial que les organismes s'assurent de rendre les informations accessibles en effectuant un exercice de vulgarisation.

Toutefois, afin d'obtenir des résultats significatifs, il est essentiel d'agir de façon concertée et de développer une vision commune, permettant ainsi une représentation solidaire et un sentiment d'appartenance tant au cœur des organismes qu'avec la population. De plus, comme plusieurs participants l'ont mentionné tout au long du colloque, l'emphase devrait être mis non seulement sur les incapacités des personnes vivant avec un handicap, mais surtout sur leurs capacités et leurs accomplissements. Il y a donc tout un travail de changement de mentalité à accomplir, non seulement auprès des gens, mais aussi à l'intérieur des organismes.

Conclusion

La participation d'acteurs de différents milieux à ce colloque a permis de mettre en lumière l'importance de percevoir la défense de droit comme partie intégrante des activités proposées par le milieu communautaire. Comme nous l'avons vu tout au long du colloque, la défense de droit est une façon d'agir qui s'inscrit dans toute activité proposée par les associations, et non seulement lors de la défense de dossiers auprès des instances gouvernementales.

De plus, si les jeunes d'aujourd'hui semblent mieux intégrés que la génération précédente, les associations font face à un changement de réalité auquel elles doivent s'adapter afin de continuer à répondre aux besoins de sa clientèle. C'est pourquoi le milieu communautaire doit demeurer un acteur d'avant-garde et innovateur tant dans les services que dans la défense de droits.

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