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Dernière mise à jour : février 2010
Saint-Hyacinthe -Pierre Caouette a eu toutes les difficultés du monde à trouver une garderie pour son fils Nicolas, atteint de trisomie 21. Une fois la garderie trouvée, il n'était pas au bout de ses peines : certains parents d'enfants "normaux" ont fait des pieds et des mains pour que Nicolas et quatre autres enfants handicapés soient expulsés.
Lors d'une rencontre de parents, le mois dernier, un père a même menacé Pierre Caouette de lui "péter la gueule". Bouleversée, une éducatrice de la garderie a écrit à La Presse pour raconter cette histoire d'intolérance. "Ça n'a pas d'allure qu'on vive cette situation-là en 2006. Il y a bel et bien des déficients, mais c'est à se demander s'ils sont tous diagnostiqués", souligne Cassandra Lessard-Dostie. Cette histoire pourrait se passer n'importe où. Elle se déroule au CPE Le Carrefour des chanterelles, à Saint-Hyacinthe.
Depuis l'hiver dernier, une douzaine de parents mènent la vie dure aux parents d'enfants handicapés. En février, ils ont écrit une lettre au conseil d'administration. "Les parents ont commencé par dire que les éducatrices consacraient plus de temps aux enfants handicapés qu'aux autres. Leurs enfants ne passaient supposément pas assez de temps dehors parce que les enfants handicapés prenaient trop de temps pour s'habiller", raconte Isabelle Laroche, adjointe de la directrice du CPE.
C'est pourtant écrit noir sur blanc dans le document de régie internet signé par tous les parents qui inscrivent leur enfant à cette garderie : "Le CPE peut recevoir des enfants ayant des besoins spécifiques pourvu que les ressources humaines et financières soient disponibles." Le conseil d'administration a donc répondu que toutes les ressources étaient en place. Il y a en effet 12 éducatrices et une éducatrice spécialisée pour 60 enfants. Les cinq enfants handicapés sont répartis dans cinq groupe différents.
Cette réponse n'a pas plu aux parents : ils ont proté plainte au ministère de la Famille en avril. Un inspecteur s'est rendu sur place pour constater que la plainte n'était pas fondée. "La plainte a été reçue et fermée sans mesure corrective", confirme la porte-parole du Ministère, Stéphanie Tremblay. La Loi sur l'accès à l'information interdit au Ministère de dévoiler le nom des plaignants et de révéler la teneur de la plainte.
La direction du CPE a tenté de calmer le jeu en organisant une série de rencontres avec les parents le mois dernier. C'est à ce moment que le père de Nicolas, membre du conseil d'administration, a été menacé après avoir dénoncé l'exagération ambiante. "c'était rendu que mon fils de 4 ans et demi était dangereux parce qu'il lançait des chaises et des tables aux autres. Nicolas est un enfant doux qui n'a de toute façon pas la force de lancer des chaises", explique son papa. L'éducatrice spécialisée Kim Malo confirme : "Aucun enfant n'est en danger en présence des cinq enfants différents."
Pas question pour la direction d'expulser les enfants handicapés. "On a une mission à laquelle on croit. On reçoit des enfants parce qu'ils sont des enfants, peu importe leur couleur, leur religion, leur handicap. D'ailleurs, on accueille des jeunes de centres jeunesse qui sont assez mal en point. Je ne suis pas convaincu lequel, entre l'enfant handicapé rempli d'amour et le jeune d'un centre jeunesse, est le cas le plus lourd", souligne la directrice, Nathalie Lavallé.
Quatre familles ont décidé de retirer leur enfant "normal" du CPE depuis ces rencontres. La fin de cette histoire d'intolérance n'est pas encore écrite.
La direction du CPE et Pierre Caouette espèrent toutefois qu'elle sera digne des contes pour enfants et que les chanterelles, petites et grandes, handiapées ou non, apprendront à vivre dans le même nid.
Depuis un certain temps dans les médias, les images de souffrance et de misère humaine sont omniprésentes. La guerre dérange et l'intolérance déstabilise. Des familles vivent des deuils, d'autres sont rapatriées ou séparées. On ne peut rester indifférent face à ces tragédies.
Dans La Presse de samedi dernier, une histoire singulière par les temps qui courent m'a troublée. La situation qui prévaut dans un CPE de Saint-Hyacinthe, est-ce de l'intolérance? On rapporte que des parents souhaitent voir des enfants en situation de handicap quitter le CPE parce qu'ils prennent trop de temps pour s'habiller, écourtant les jeux à l'extérieur pour leurs enfants
Je pose la question suivante : comment dans une société comme la nôtre - en principe des plus tolérantes - pouvons-nous en venir à percevoir comme étant un obstacle au développement de certains enfants le fait que d'autres aient des besoins plus spécifiques? Sans doute que des parents ayant des enfants dits "normaux" ont l'impression que le temps consacré aux autres plus vunérables joue en défaveur de leurs petits.
Examinons la problématique sous un nouvel angle. Ne doivent-ils pas saisir cette chance de pouvoir exposer très tôt dans la vie leurs enfants à l'altérité? N'est-ce pas une occasion de croissance et d'apprentissage de la tolérance? Les différences de toutes sortes - religieuses, raciales, culturelles, physiques - se rencontrent partout, même au Québec. Un jour, la réalité nous rattrape : à l'école, dans le sport, au travail. Ne faut-il pas apprendre à vivre ensemble et à respecter l'Autre avec ses particularités? Sinon, on élève un mur d'intolérance à l'intérieur même de notre société.
En tant que parents, pourquoi ne pas soutenir d'autres parents qui font tout leur possible pour apporter les soins nécessaires à leurs petits qui doivent apprendre à vivre avec leur différence? Ces parents sont souvent à bout de souffle et font des efforts considérables pour concilier vie familiale et vie professionnelle en plus de faire le deuil de l'enfant parfait. Ils essaient également de donner les chances maximales à leur enfant d'intégrer la société, défis de taille en favorisant pour leurs enfants l'accès à tous les services éducatifs.
En tournant toutes ces pages de misères humaine, samedi dernier dans La Presse, j'ai ressenti devant cette histoire singulière que l'intolérance pouvait aussi être à nos portes. Je souhaite de tout coeur que nous donnions l'exemple à nos enfants. Adoptons un esprit d'ouverture et de compassion devant ces petits bouts de chou qui n'ont pas choisi d'être ce qu'ils sont dans notre société axée sur la performance et l'image. En se serrant les coudes, nous pouvons parvenir à dialoguer et à s'accueillir mutuellement dans le respect de nos différences.
Article de TRAIT d'UNION - Automne 2006 - Vol.8, no.3, p.10-11Programme de bourses
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